Au c½ur de la médina d'Essaouira, les petits vendeurs de disques montent le son. Pour attirer les Marocains, les touristes espagnols, français, italiens, anglais ou américains, c'est le concours de la plus grosse sono. Ambiance gnaoua oblige. Pour sa dixième édition, le Festival Gnaoua d'Essaouira, rebaptisé le "Woodstock marocain" a accueilli un très large public – 450.000 personnes en quatre jours ( !)- et notamment une communauté néo-hippie, se retrouvant ici en hommage aux années 1970.
Essaouira, port de pêche important, a toujours été ouvert sur le monde. La culture gnaoua elle-même rend compte de cette tradition de métissage : les Gnaoua sont descendants des esclaves noirs du Sud du Sahara, qui ont intégré leur culture à celle des Berbères et des Arabo-Musulmans dans un syncrétisme culturel passionnant. Dans les années 1970, les hippies venaient y prendre du bon temps, en profitant de la fraîcheur du climat saouiri...Le guitariste Jimi Hendrix himself aurait fait un passage éclair à Essaouira en 1969 devenant dans la ville une véritable légende...
En 1971, le jeune Loy Ehrlich découvre Essaouira, havre de paix infiniment rock'n'roll, où les sonos jouent (et à fond !), Hendrix, Led Zeppelin, les Beatles ou les Rolling Stones. Véritable porte d'entrée vers l'Afrique et la musique, la découverte d'Essaouira sera décisive pour le musicien. Il sera l'un des précurseurs dans la fusion avec la musique africaine, jouera en effet avec West African Cosmos, aidera les Touré Kunda à se faire connaître sur la scène internationale, fera une escale remarquée à la Réunion pendant de nombreuses années, et fait actuellement partie du Hadouk Trio.
Aujourd'hui, pour la dixième édition du festival, les trois co-directeurs artistiques du festival d'Essaouira, Loy Ehrlich, l'Algérien Karim Ziad et le mââlem marocain Abdleslam Alikane montent chacun une création. Celle de Loy Ehrlich, en forme d'hommage à cette période, sonne comme un vieux rêve. Entouré de complices musiciens, habitués aussi du festival d'Essaouira, il décide de faire revivre des standards du rock'n'roll psychédélique en les mêlant à la musique gnaoua.